From the Visibility of Action to the Visibility of Actors Shifts in Modes of Appearance in the Tunisian Revolution
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Résumé
Cet article analyse la révolution tunisienne à travers les formes de visibilité produites par les pratiques protestataires, à partir d’entretiens réalisés avec des participants ayant pris part au mouvement entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011. Les « modes d’apparition » sont ici entendus comme les différentes manières dont la contestation accède à l’espace public et devient visible. L’article soutient que le 14 janvier ne marque pas seulement la chute du régime, mais constitue également un moment charnière dans la manière dont les acteurs de la protestation apparaissent publiquement. Sous le régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali, la visibilité de la contestation reposait essentiellement sur l’action collective, qu’il s’agisse d’affrontements avec les forces de l’ordre, de rassemblements ou de mobilisations éclairs. Dans ce contexte, la mise en visibilité d’individus clairement identifiables demeurait limitée. L’apparition publique relevant ainsi moins de l’auto-représentation que de la capacité des actions collectives à rendre perceptibles les rapports de pouvoir et les violences du régime, conformément à ce que Judith Butler décrit comme un processus politiquement conditionné. Le 14 janvier marque une rupture. À mesure que la répression s’atténue, les possibilités d’apparaître dans l’espace public se multiplient, faisant émerger au premier plan des visages, des noms et des trajectoires individuelles. L’accès à la visibilité n’est alors plus principalement médiatisé par l’action protestataire elle-même, mais de plus en plus lié à la capacité des acteurs à se présenter et à se représenter publiquement. Cette transformation ne s’opère toutefois pas de manière uniforme. Les entretiens montrent que certains participants ont éprouvé des difficultés à trouver leur place dans ce nouveau régime de visibilité, au sein duquel l’exposition individuelle acquiert une importance croissante. La révolution peut ainsi être comprise comme le passage d’une visibilité fondée avant tout sur les actions collectives à une visibilité davantage centrée sur les acteurs eux-mêmes. L’article conclut que la révolution tunisienne n’a pas seulement reconfiguré le champ politique : elle a également transformé les conditions mêmes de l’apparition publique et de la reconnaissance sociale. Ce processus a produit des formes de visibilité inégale, soulevant la question de la manière dont les acteurs se reconnaissent, ou non, dans les nouveaux cadres de visibilité issus de la révolution.
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